mercredi 26 mars 2014

Nancy : meurtre sur un balcon

Il est 19 h ce mardi. La nuit tombe et la police veille sur un immeuble de la rue de la Colline à Nancy. Une rue tranquille du quartier paisible de Boudonville. Les agents en faction devant les entrées du n°31 et devant l’accès au parking arrière ne passent pas inaperçus et attirent les regards interrogateurs des riverains.
Ceux qui ont un peu de mémoire font vite le lien entre la présence policière et le drame qui s’est joué là dans la nuit du 14 au 15 août dernier. Ce soir-là, Christophe Voignier, un chauffeur de taxi de 42 ans, a tué la locataire à laquelle il louait un appartement au quatrième étage de l’immeuble.
En détention provisoire depuis 7 mois, le quadragénaire a été extrait de sa cellule mardi soir et conduit sur les lieux de son crime pour les besoins d’une reconstitution. Assisté de son avocat Me Alexandre Rolland, il a dû refaire les gestes qui ont coûté la vie à la victime. Et cela sous le regard attentif de la juge d’instruction en charge de ce dossier pas comme les autres, Zaïda Moulay.
Un mannequin fait le grand saut
Selon les explications du meurtrier présumé, c’est le hasard d’une course en taxi qui l’aurait amené, le soir du crime, dans les parages de la rue de la Colline. Il aurait alors cogité sur sa locataire, Fadila Houfadi, 47 ans, et ses loyers impayés. Il aurait décidé de lui rendre une visite nocturne. Selon lui, parce qu’il n’avait plus de nouvelle de la quadragénaire et qu’il voulait vérifier si elle occupait toujours l’appartement. Petit détail intriguant qui fait tache dans sa version : l’ordinateur de bord de son taxi était coupé et il n’était alors plus localisable. Il a grimpé sur un échafaudage qui était et qui est toujours le long de la façade arrière de l’immeuble. Il est monté sur le balcon de l’appartement 118. Il est ensuite entré dans le logement par la baie vitrée. Toujours selon son récit, qu’il a mimé lors de la reconstitution, sa locataire s’est réveillée en sursaut et il a essayé de l’étrangler aussitôt. Puis il a saisi un gaufrier. Il l’a frappée avec. Avant de jeter son corps par le balcon. Ce mardi, c’est un mannequin qui a fait le grand saut et qui s’est retrouvé quatre étages plus bas. Sur le balcon, le meurtrier présumé était lui attaché avec une corde reliée à un pompier. Une sécurité pour éviter qu’il saute dans le vide.
L’autopsie n’a pas révélé si sa victime était décédée des suites de l’étranglement, des coups de gaufrier ou de la chute dans le vide. Une certitude : lorsque le corps a été découvert par les policiers, la piste d’un suicide par défenestration a été privilégiée. La locataire était en effet dépressive et les premières constatations n’ont rien révélé de suspect.
Un rêve
C’est là qu’intervient le rebondissement le plus étonnant de cette affaire. Quatre jours plus tard, soit le 19 août, vers 6 h du matin, Christophe Voignier a appelé l’hôtel de police du boulevard Lobau à Nancy. Sans donner son nom au départ. Pour dire qu’il faisait des rêves et avait des flashs où il se voyait jeter quelqu’un par la fenêtre. Deux policières se sont relayées au téléphone pour le faire parler, pour obtenir des détails sur son « rêve » qui ressemblait de façon troublante à un meurtre bien réel. Elles ont surtout réussi à lui faire avouer son identité. C’est comme cela que le chauffeur de taxi a fini en garde à vue.
Pourquoi a-t-il appelé la police ? A-t-il craqué sous le poids des remords ? A-t-il voulu savoir où en était l’enquête sur la mort de sa locataire ? Un peu des deux ? Toujours est-il que sans ces curieux aveux fantasmés, il n’est pas certain du tout que les investigations auraient permis de savoir qu’il s’agissait d’un meurtre et, encore moins, qu’il en était l’auteur présumé.

http://www.estrepublicain.fr/actualite/2014/03/26/meurtre-sur-un-balcon

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