Affichage des articles dont le libellé est drame social. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est drame social. Afficher tous les articles

mercredi 14 décembre 2016

Georges, 57 ans, sans-abri, mort sur le banc d’un square parisien

Au moins 497 sont mortes dans la rue en 2015. Parmi elle, Georges. "Ce qui est tragique, c’est que ça s’est joué à rien", enrage une riveraine
Georges, 57 ans, est mort le 23 novembre sur le banc d’un square parisien, comme des centaines de sans abri chaque année. Sa silhouette dégingandée, blouson de rocker, mains accrochées à ses béquilles, a laissé la place à de nombreux mots d’hommage.
Selon le décompte annuel publié mercredi par le collectif Les morts de la rue, au moins 497 personnes sont décédées sans abri en 2015.

Le deuxième banc à gauche

"Georges dormait sur le deuxième banc à gauche", raconte Corinne, une habitante du IXe arrondissement de Paris, qui avait pris l’habitude de discuter avec lui. "Lorsque le square était fermé, il grimpait au-dessus de la barrière, alors qu’il était gravement handicapé."
"Ce qui est tragique, c’est que ça s’est joué à rien"
Depuis quelques semaines, elle se démenait pour le quinquagénaire dont la santé précaire l’alarmait. Elle l’aidait à refaire ses papiers d’identité perdus et avait alerté mairie et associations. Le 22 novembre, l’une d’elles lui répond finalement "on vient demain". Mais Georges meurt dans la nuit. "Ce qui est tragique, c’est que ça s’est joué à rien", enrage Corinne.
Né le 16 février 1959 à Compiègne, Georges était le fils d’un militaire belge, le troisième d’une fratrie de cinq. La famille connaît des difficultés financières puis des drames. A peine entré dans l’âge adulte, Georges perd ses deux parents et son jeune frère. Il part à Paris puis en Haute-Savoie, travaille dans la restauration, devient majordome pour un particulier, puis se retrouve au chômage et tombe dans la précarité, il y a une quinzaine d’années.
"C’était quelqu’un d’intelligent, adorable, qui avait de la conversation, mais je pense que notre histoire familiale nous a beaucoup fragilisés", témoigne son frère Patrick, l’aîné de la famille. "Il était très fier, et très attaché à sa liberté", décrit son frère qui avait perdu sa trace depuis plusieurs années. Le sachant dans la précarité, il "attendait" autant qu’il "redoutait" d’en apprendre le décès.

"Tous mes copains meurent"

Dans le IXe arrondissement, Claude Petry, croisait régulièrement cet homme "grand, très mince, toujours avec son blouson en cuir, une grande mèche sur le côté". Arrivé il y a quelques mois seulement, il était devenu "une figure très attachante du quartier", selon une autre riveraine.
"N’attendez pas une autre tragédie"
Après avoir passé une dizaine d’années dans un centre d’hébergement et de réinsertion sociale, où il repassait régulièrement, Georges avait été pris en charge en avril dans une structure destinée aux sans domicile fixe nécessitant des soins infirmiers. Il y partageait une chambre double. Il avait quitté ce centre "de lui-même" en juillet, selon la directrice, et avait trouvé refuge dans un square du quartier
Depuis sa mort, sur les grilles, des voisins ont laissé de pancartes : "N’attendez pas une autre tragédie", "ouvrez les gymnases", "déclenchez dès aujourd’hui le plan grand froid".
Devant un autel improvisé, Jackie regarde les bougies et petits mots laissés en hommage à son ami. "Tous mes copains meurent", dit d’une voix blanche ce sans-abri de 58 ans. Quelques jours avant, Claude Gazel, une riveraine, croise Georges une dernière fois, "plein d’espoir" :
"Il m’a dit ça y est je vais avoir mes droits. Il allait toucher de l’argent. Il voulait retourner du côté de Compiègne, louer une maison, avoir des poules". "Il ne se plaignait pas. Il n’a pas su nous dire et nous n’avons pas su voir sa détresse"
Et finalement, Georges est mort en laissant sur son banc son blouson en cuir, ses lunettes, une poignée de pièces jaunes et un livre de Jean d’Ormesson : "Mon dernier rêve sera pour vous".  
http://www.sudouest.fr/2016/12/14/georges-57-ans-sans-abri-mort-sur-le-banc-d-un-square-parisien-3026450-5458.php

dimanche 13 novembre 2016

Précarité : Ils se nourrissent des restes des marchés et des poubelles

13 heures au marché Cristal sur les boulevards à Toulouse. Une fin de marché qui progressivement va attirer un public en quête de quelques fruits et légumes laissés sur le trottoir par les exposants. Si le rituel est le même depuis des années, il s'amplifie. Ce jour-là, on croise Nicole*, la quarantaine. En habituée, elle a repéré quelques beaux légumes (choux, poireaux, tomates) qu'elle s'empresse de ranger dans son sac. «Au chômage depuis plusieurs mois, je viens ici deux, trois, fois par semaine pour apporter à mes enfants un complément. Je ne m'en sortirais pas, sinon». Près d'elle, certains reculent, par crainte de l'interview, «c'est humiliant de ramasser à terre, avoue un jeune mais comment faire autrement ? J'ai un budget de 200 €/mois, ma mère paye mon loyer. En venant ici, glaner fruits et légumes, j'économise environ 20 €/semaine. Beaucoup d'étudiants sont dans mon cas».
Il est 19h30 en plein centre-ville. Sur les allées Jean-Jaurès, tels des fantômes, des personnes soulèvent les couvercles des containers à la recherche d'aliments encore comestibles. Un spectacle récurrent que l'on retrouve aussi aux abords des enseignes alimentaires (Casino, Monoprix, Intermarché) et parfois des restaurants. Il faut faire vite avant l'arrivée des éboueurs. Les gestes sont précis, les mains expertes. Henri a 50 ans. Rmiste, cet ancien du bâtiment, connaît tous les trucs. «Le lundi c'est le bon jour. On peut trouver des sandwiches, des packs de yaourt. De vrais «trésors». Près de lui, Rémi, chômeur, ose : «Les gens ne nous voient pas. On fait partie du paysage urbain». Dans ce groupe, Boris, étudiant écossais, milite contre le gaspillage : «En faisant les poubelles, je résiste à la société de consommation. Les gens gaspillent. il y a même des tartes entières dans leur carton».
Présidente départementale des Restos du Cœur, Mireille Decroix, confirme cette tendance : «La campagne d'hiver qui démarre le 22 novembre risque d'être plus importante cette année. Les camions de distribution qui depuis le 3 octobre ont repris le service, voient arriver de plus en plus de monde. Et pas que des SDF. Mais des jeunes en contrat précaire, des seniors aux retraites trop basses. Et depuis quelque temps, des migrants. On sait aussi que certains «font» les poubelles le soir. Un repas par jour ne suffit pas, surtout en hiver».
http://www.ladepeche.fr/communes/toulouse,31555.html

samedi 21 mai 2016

Un enfant de 4 ans immergé dans un bassin, sa mère internée

Drame social sur fond de détresse humaine et de troubles psychiatriques…
Hier, vers 6 heures du matin, une femme, sans domicile fixe, est aperçue par un chauffeur de bus Tisséo, en bien mauvaise posture, sous la mini-cascade de la place d'Arménie, allées Jean-Jaurès, à Toulouse. Dans cette eau claire avoisinant seulement les 12 degrés, son fils de 4 ans a le corps en partie immergé, laissant penser qu'il est en train de se noyer.
Choqué par la scène qu'il vient de voir, le conducteur de bus alerte directement son PC et une voiture de police se rend sur les lieux. La mère de 37 ans et son enfant sont extraits de la fontaine. Trempé et frigorifié, le garçonnet est pris en charge par les secours et transporté à l'hôpital des enfants.
Sa mère qui bénéficie d'un hébergement d'urgence dans un hôtel du centre-ville est placée en garde à vue au commissariat central pour «violences volontaires aggravées».
Que s'est-il réellement passé sous cette petite cascade, hier, à l'aube, en plein centre-ville ? Dans ce bassin de moins de 50 cm de profondeur, un drame a peut-être été évité. Entre le récit troublé par l'émotion, livré par un chauffeur de bus choqué, et les déclarations irrationnelles de la mère, les enquêteurs de la brigade de protection des familles ont tenté de dresser une chronologie cohérente des faits.
Un exercice d'autant plus compliqué que les images de la vidéosurveillance livrent elles aussi un scénario venant parfois contredire les déclarations des protagonistes. Toujours est-il que la thèse d'une tentative de noyade de l'enfant n'a pas été retenue par le parquet.
Au cours de sa garde à vue, la mère de famille a subi des expertises psychiatriques, à la demande du parquet. Car ses déclarations sont irrationnelles et incohérentes. Elle aurait indiqué être tombée dans l'eau ou avoir voulu laver son fils au petit matin.
Hier, en fin de journée, cette femme, à qui la garde de son enfant lui avait été retirée un moment avant qu'un juge marseillais la lui confie, a été déclarée «irresponsable pénalement».
Elle a été placée dans une unité psychiatrique, sans poursuite judiciaire.
Son enfant, hors de danger et qui ne présentait hier aucune séquelle, devait être placé dans un foyer.
http://www.ladepeche.fr/communes/toulouse,31555.html