dimanche 13 novembre 2016

Précarité : Ils se nourrissent des restes des marchés et des poubelles

13 heures au marché Cristal sur les boulevards à Toulouse. Une fin de marché qui progressivement va attirer un public en quête de quelques fruits et légumes laissés sur le trottoir par les exposants. Si le rituel est le même depuis des années, il s'amplifie. Ce jour-là, on croise Nicole*, la quarantaine. En habituée, elle a repéré quelques beaux légumes (choux, poireaux, tomates) qu'elle s'empresse de ranger dans son sac. «Au chômage depuis plusieurs mois, je viens ici deux, trois, fois par semaine pour apporter à mes enfants un complément. Je ne m'en sortirais pas, sinon». Près d'elle, certains reculent, par crainte de l'interview, «c'est humiliant de ramasser à terre, avoue un jeune mais comment faire autrement ? J'ai un budget de 200 €/mois, ma mère paye mon loyer. En venant ici, glaner fruits et légumes, j'économise environ 20 €/semaine. Beaucoup d'étudiants sont dans mon cas».
Il est 19h30 en plein centre-ville. Sur les allées Jean-Jaurès, tels des fantômes, des personnes soulèvent les couvercles des containers à la recherche d'aliments encore comestibles. Un spectacle récurrent que l'on retrouve aussi aux abords des enseignes alimentaires (Casino, Monoprix, Intermarché) et parfois des restaurants. Il faut faire vite avant l'arrivée des éboueurs. Les gestes sont précis, les mains expertes. Henri a 50 ans. Rmiste, cet ancien du bâtiment, connaît tous les trucs. «Le lundi c'est le bon jour. On peut trouver des sandwiches, des packs de yaourt. De vrais «trésors». Près de lui, Rémi, chômeur, ose : «Les gens ne nous voient pas. On fait partie du paysage urbain». Dans ce groupe, Boris, étudiant écossais, milite contre le gaspillage : «En faisant les poubelles, je résiste à la société de consommation. Les gens gaspillent. il y a même des tartes entières dans leur carton».
Présidente départementale des Restos du Cœur, Mireille Decroix, confirme cette tendance : «La campagne d'hiver qui démarre le 22 novembre risque d'être plus importante cette année. Les camions de distribution qui depuis le 3 octobre ont repris le service, voient arriver de plus en plus de monde. Et pas que des SDF. Mais des jeunes en contrat précaire, des seniors aux retraites trop basses. Et depuis quelque temps, des migrants. On sait aussi que certains «font» les poubelles le soir. Un repas par jour ne suffit pas, surtout en hiver».
http://www.ladepeche.fr/communes/toulouse,31555.html

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