jeudi 6 février 2014

Liliane a été tuée par un cancer des ovaires provoqué par l’amiante

Liliane a 16 ans quand elle entre chez Deville, à Charleville, une entreprise spécialisée dans la fabrication d'appareils de chauffage. On est en 1966. A l'âge où d'autres révisent leur bachot ou hésitent sur la couleur de la robe qu'elles porteront au bal des débutantes, Liliane est installée dans une cabine pour préparer les joints à base d'amiante qui garniront certaines chaudières. Une cabine, pour éviter que les autres salariés ne soient gênés par la poussière. Une cabine « dont on dira plus tard qu'elle était soi-disant équipée d'un aspirateur pour la protéger », soupire Claude Huet, président de l'association des victimes de l'amiante dans les Ardennes (Addeva 08).
Liliane quitte l'usine en 1980 et devient employée municipale, à Charleville, toujours. Une vie simple mais heureuse, avec deux enfants dont elle assure aussi l'éducation aux côtés de son mari Michel, également ancien salarié de Deville.

Deux combats en parallèle

Une vie qui bascule en mars 2008, quand elle apprend souffrir d'un cancer des ovaires.
Elle en décédera en juillet 2012, malgré les soins des spécialistes de l'institut Godinot. Mais cela faisait déjà quelque temps qu’avec ses proches et le soutien de l’Addeva 08, Liliane menait un autre combat  : que sa maladie soit reconnue comme professionnelle. Dit autrement, que le fait d’avoir été exposée à l’amiante soit admis par les autorités comme l’élément déclencheur de ce cancer qui allait emporter Liliane plus de trente ans après son départ de l’entreprise.
Tout comme celle menée contre la maladie, cette lutte s’avéra un chemin de croix, selon Claude Huet  : « Une première déclaration a été effectuée auprès de la la caisse primaire d’assurance maladie en octobre 2009. Laquelle a saisi le comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP) du Nord-Est, à Nancy. Qui a rendu un avis négatif. Nous avons ensuite déposé un recours amiable. En vain. Alors, en novembre 2010, nous avons saisi le tribunal des affaires de sécurité sociale. C’est cette instance qui a demandé un nouvel avis, cette fois auprès du CRRMP de Lille. Plus de trois ans plus tard, celui-ci a émis un avis favorable. C’est une première en France  : le cancer des ovaires qui a tué Liliane fut bien provoqué par l’amiante... » Selon l’usage, le tribunal se rangera à l’avis du CRRMP. L’audience est fixée au 22 mars. Une sorte de révolution. « Pour quelqu’un qui souffre du cancer, le fait que la maladie soit reconnue professionnelle est fondamental  : les indemnités ne sont plus limitées à 50 % et une rente mensuelle est versée. Or, si les soins médicaux sont pris en charge, sans reconnaissance, les soins dits de confort ne le sont pas. Cette meilleure prise en compte permet aussi de trouver un logement adapté, de rémunérer si besoin est une femme de ménage etc. Il n’y a pas photo hélas  : l’espérance de vie de quelqu’un dont le cancer a été reconnu maladie professionnelle est bien supérieure. »
Liliane est partie sans savoir que son cas permettrait de redonner espoir à bien des malades. « Nous souhaitons que ce dossier fasse jurisprudence. Et que les cancers des ovaires, de l’estomac ou du larynx seront à terme inscrits au tableau des maladies professionnelles », note Claude Huet.
Rien que dans les Ardennes, il suit les dossiers de plusieurs salariés décédés de cancers du larynx ou de l’estomac ayant été en contact avec ce poison, l’amiante.

http://www.lunion.presse.fr/accueil/liliane-a-ete-tuee-par-un-cancer-des-ovaires-provoque-ia0b0n294667

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